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Et Danton, c'était comment Anita ?

 Aujourd’hui, je viens vous présenter sous forme d’interview mon feedback de « Danton », création d’après Georg Büchner et Romain Rolland, mis en scène en juin 2012 par Pascale Berger avec sa Compagnie « Les Derfflingueurs ».

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Celle que j’appelle la Grande Dame du Théâtre Francophone à Berlin, ancienne Professeur de théâtre au Lycée Français de Berlin pendant 20 ans, Directrice de la Compagnie « Les Derfflingueurs » et d’un Atelier de Théâtre à La Ménagerie, m’a fait un grand cadeau en acceptant cet entretien. Et comme il ne s’agit pas de propos enregistrés mais vite gribouillés et maintenant quelquefois difficiles à relire, j’espère qu’elle ne m’en voudra pas si elle ne retrouve pas toutes ses paroles. Moi, j’ai eu beaucoup de plaisir à l’écouter. Je vous en souhaite tout autant à la lecture !

Anita : Combien de fois avez-vous joué la pièce ?
Pascale : Trois fois au Tiyatrom et le 23 juin au lycée français dans le cadre de la fête de l’École Voltaire.
A. : Et combien de spectateurs ?
P. : Rien qu’au Tiyatrom plus de 600.
A. : C’est énorme. Y a-t-il une croissance d’intérêt pour le théâtre francophone à Berlin ?
P. : Je pense que oui. Dans ce chiffre il n y a aucune réservation de classes scolaires.
A. : Pourquoi « Danton » ?
P. : L’an dernier nous avons joué « Hilda » d’après Marie NDiaye, pièce avec principalement des rôles féminins, je voulais alterner. Après des recherches avec le groupe, j’ai fini par proposer » Danton », une pièce et un sujet qui m’ont toujours intéressée. Ma première production « Les 3 mots de la révolution » créée en 1989 avec les élèves de mon cours d’art dramatique du lycée français, était un collage de textes et d’images sur le thème de la révolution. Dans cette mise en scène, j’avais cherché à visualiser mes idées de Liberté, Égalité, Fraternité.
A. : As-tu pensé à actualiser la pièce ?
P. : C’est une question que m’a posée aussi le groupe. Non, ce n’était en fait pas dans mon intention de faire d’une ancienne pièce une nouvelle. Je pense que les idées de révolution telles que Büchner les formule dans son « Danton » sont universelles. Dans mon film au début de la pièce j’ai cherché à visualiser la fragilité des révolutions pouvant aller jusqu’à la déchirure, par des matériaux comme la pâte, le papier, le bas nylon, des éléments que l’on retrouve avec Danton malaxant la pâte à pain, le papier sur les yeux puis autour du cou des accusés, les bas nylon des filles de joie.
A. : Oui, une belle image le Danton épicurien, bon vivant, malaxant la pâte à pain, et géniale ton idée de papier crépon rouge autour du cou des accusés juste avant d’aller à la guillotine. Par contre, permets-moi un petit reproche : il m’a manqué ce sentiment d’horreur ou de Terreur en entendant ce petit bruit de couperet.
P. : Je ne voulais pas reproduire le bruit de la guillotine de façon réaliste et je pensais que le bruitage de fond qui accompagnait la déchirure des matériaux dans le film au début de la pièce suffirait pour créer une atmosphère d’angoisse. Tu étais à la première représentation, et là, malheureusement, le son n’a pas fonctionné.
A. : Tu as pris aussi des textes de Romain Rolland, pourquoi ?
P. : Alors que Büchner se contente de mentionner des lieux (rue, chambre, Convention Nationale…), Romain Rolland développe davantage les relations humaines dans des situations plus précisées, dans un contexte plus concret. Ce matériel m’a permis d’étoffer certains rôles, surtout les personnages féminins, par exemple le personnage de Mme Duplay, la logeuse de Robespierre. En échange, on trouve plus d’éléments philosophiques chez Büchner que chez Romain Rolland.
A. : À propos de personnage féminin, tu as rajouté le rôle de la coryphée. Pourquoi ?
P. : J’avais besoin d’un personnage intemporel, parfois narrateur, parfois commentateur, une sorte de regard extérieur sur les évènements, permettant aussi de faire revivre par la narration certains moments historiques.
A. : Pas de costumes exactement historiques, mais dans l’ensemble, très expressifs je trouve.
P. : Dans le choix des costumes, nous avons plus voulu jouer sur les couleurs de la révolution qu’avec des costumes exactement historiques, dans l’intention de créer une rupture dans le temps.
A. : La liste de tes productions de théâtre réalisées avec les élèves du Lycée Français entre 1989 et 2009 dépasse la trentaine. Quel palmarès ! Et puis tu as fondé la compagnie « Les Derfflingueurs ».
P. : Oui, j’ai été sollicitée en 2009 par une dizaine d’enseignants du Lycée Français amateurs de théâtre et nous avons décidé de fonder une troupe. Le groupe est très enrichissant par sa diversité. Nous profitons encore de la logistique du Lycée mais nous sommes autonomes.
A. : Qu’est-ce que cela représente pour toi de jouer maintenant seulement avec des adultes ?
P. : Faire quelque chose de ludique en dehors du lycée, le plaisir de découvrir et de travailler avec des adultes sur des textes dramatiques, et jouer pour jouer.
A. : Jouer pour jouer, un bon mot de la fin, non ?
P. : Presque. J’aimerais bien te parler de la musique dans « Danton », car je trouve ce point important, autant pour l’intensité de la collaboration entre la musicienne Léna Groenewegen et moi-même que pour la façon originale avec laquelle Léna a travaillé avec nous. Elle nous a suivis avec son accordéon à partir de la mi-janvier et improvisait librement in situ pendant le cours, suivant ce qu’elle voyait sur scène et ressentait, sans consigne particulière de ma part. Jusqu’au bout, son accompagnement est resté basé sur l’improvisation et l’intuition du moment, des prises de notes mais aucune note de musique fixée sur le papier ! Notre collaboration a été une expérience particulièrement créative et constructive.
A. : Merci Pascale pour cet entretien, Merci aussi à tous tes « Derfflingueurs » !

Anita

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