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La 4e édition du FTF#4, c'était comment Anita?

Festival 2013 de la Ménagerie, du 21 au 26 mai, à l'Institut Français et au JKZ Pumpe

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« Regards d’émoi » ou « Regardez-moi »


Un thème intéressant et un jeu de mots bien subtil (il n’est pas de moi !).
Et maintenant lisez-moi en chantant sur la musique de Jacques Dutronc :
Émoi, émoi, émoi ! (céloui-là est dé moi !)


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Pour la soirée d’ouverture du Festival du Théâtre Francophone 2013, la Ménagerie avait quitté sa jungle en direction des Champs-Élysées de Berlin. Alors, on fait le gros dos devant l’élite ou est-ce l’Institut Français de Berlin qui a daigné jeter un regard (d’émoi ?) sur ces fauves échappés ? Je reconnais que cette ironie de ma part est peut-être mal placée car la rencontre a été fructueuse et laisse présager un avenir pas moins constructif.


Mardi 21 Mai à l’Institut Français de Berlin


Des théâtres de l’extrême de Claire Audhuy. Lecture de « Frères ennemis »


Je trouve le problème politique du conflit israélo-palestinien épuisant à suivre, trop de faux espoirs, d’informations manipulées, de chiffres de morts tellement exorbitants servis en passant à la radio au petit-déjeuner qu’ils ne me touchent plus vraiment. Et personne, depuis l’écrivaine Angelika Schrobsdorff, ne m’avait fait voir des destins humains derrière tous ces chiffres comme Claire Audhuy ce soir-là avec la lecture (partielle hélas) de sa pièce à venir Frères ennemis, très sobrement mais très intensivement lu par le collectif « À mots découverts ». Cette très jeune historienne d’origine ni juive ni arabe, donc plutôt objective et qui au départ travaillait pour sa thèse sur le thème de la présence du théâtre dans les camps pendant la Seconde Guerre Mondiale, s’est retrouvée après différentes étapes devant le mur de séparation en Israël.  
Je ne peux pas vous retransmettre toutes les informations ni toutes les émotions de cette soirée. Lisez son journal de recherche Les théâtres de l’extrême et bientôt Frères ennemis.  Et vous remarquerez aussi : Claire Audhuy va droit au cœur avec « un ton libre, détendu, loin des sentiers universitaires… », accompagnée  de son illustrateur  Nicolas Lefebvre, excellent et tout aussi cordial.
Merci à la dramaturge Delphine de Stoutz d’avoir présenté ce projet à La Ménagerie et à l’Institut Français de Berlin, et de l’avoir si bien soutenu.
Un débat - davantage un dialogue qu'un débat - entre l’auteure et la philosophe Mériam Korichi, « croqué » directement par Nicolas sur grand écran, a clôturé cette soirée qui laisse un peu de place à l’espoir.

 

Vendredi 24 Mai à Jugendkulturzentrum Pumpe


De « À mots découverts », nous faisons un grand pas de trois jours pour la Pumpe à Schöneberg aux mots d’ouverture d'Hélène Lebonnois (présidente, initiatrice du Tout Premier et coordinatrice des derniers festivals) et Damien Poinsard (vice-président et responsable des ateliers).
La coordinatrice de ce FTF#4, Cécilia Coulon (actrice et scénographe dans Pas perdus, membre d’un atelier d'impro, responsable des relations au public et plus encore au sein de La Ménagerie), la crinière rasée encore plus lionne que jamais mais avec du poil aux yeux*,  nous souhaite la bienvenue avec un verre de crémant pour tout le monde (merci encore à notre sponsor Bouvet Ladubay) et, accompagnés par un couple de masques (mais qui sont-ils ? ), nous passons aux mots couverts de la merveilleuse mime :


Laura Gambarini de la Compagnie de la Sourde-Oreille


Du « séminaire anti-stress » au « petit déjeuner en danger » en passant par « la vieille dame » (mon morceau préféré), elle me fascine. Je reste suspendue à ses lèvres et à ses yeux et le public aussi certainement qui l’applaudit chaleureusement. Très chouette le petit box/programme en papier ainsi que toute la scénographie à base de … box.   


La Ballade de la geôle de Reading de la Compagnie du Verbe et du Complément


Une « ballade » ça sonne bien, dans une « geôle », moins bien, même écrite par le célèbre Oscar Wilde alors prisonnier. Récitée par Pierre Val (metteur en scène remarqué de Art au Festival 2012) et illustrée (ou non) par le saxophoniste Rémi Fox, elle nous trouble (d’émoi) mais aussi irrite. Ne sachant pas vraiment si j’ai aimé ou pas, je reste au débat avec le public. Les infos données par les artistes sont très intéressantes, traduites et bien animées par les excellents masques (mais qui sont-ils ?).


Samedi 25 Mai à Jugendkulturzentrum Pumpe


Un temps à ne pas mettre un chien dehors mais des fauves, oui. Le FTF#4 a voulu « oser se mettre à nu devant Berlin » et le ciel de Berlin a riposté par une grande douche froide.
Sous les immenses parasols ou parapluies, emmitouflés dans nos manteaux et pulls d’hiver, nous recevons tout de même quelques coups de soleil au cœur grâce à la visite d'illustres anciens Fauves et « Rebel-lions » venus extra de France ou d’Équateur pour le Festival, quand apparaissent de nouveaux masques (mais qui sont-ils ?) qui nous entraînent dans la salle de théâtre.


Tes yeux se voilent, écrit et mis en scène par Laurent Cazanave avec la Compagnie Passée


Une mise en scène jeune, intéressante et prenante, des acteurs touchants dans leur sincérité. « Une fable tragique venant percuter de manière frontale le spectateur ». Oui, vraiment. Le choc ! Mes yeux se voilent.


Tartaruga, de et par Anna Cosima Jentsch du Collectif LookAtMeKid de Bruxelles


« Inspiré par l’exemple du voyage extraordinaire des tortues dans les océans, la pièce interroge les phénomènes migratoires dans le monde ». Et le public doit trouver les réponses ? Pas toujours facile à suivre et à comprendre, mais de la féerie : une ronde monotone mais fascinante, une projection d’aquarelles, belles et  irritantes, des éléments de danse à la Pina Bausch, des effets de lumières recherchés, des créations sonores aussi bien sortant de la boîte que directement de la bouche de l'actrice imitant les cris déchirants des oiseaux migrateurs ou les claquements de lèvres des tortues (excellents) qui « doivent nager très fort ». Pour éviter les requins ?


Off ou Ouf !


Nous avons évité les requins pour retrouver des Fauves de la Ménagerie avec leur Esquisse d’une théorie de la pratique, une étude sur la sociologie du théâtre. Ce qui sonne très savant fût un intermezzo très drôle, subtil, osé, d’un chaos bien mis en scène et bien joué. Notre diaphragme fonctionna de nouveau. Ouf ! Merci Docteur, merci à toute votre team : Alexandra Gaudin, Lucie Rivallant-Delabie, Carmen Chraim, Romain Nguyen Van Yen, Maria Fritzsche, Mathieu Charrière, leur technicien Philippe et tous les chaotiques de la conférence.

 

Barbe bleue, espoir des femmes de Dea Loher, mis en scène par Karin Catala


Enfin des émois amoureux ! Mais souvent et rapidement étranglés, malgré les longueurs de la pièce ! Un élément de théâtre absurde, duquel je ris encore : la dame qui se plaint au tireur qui lui a envoyé une balle dans le genou d’avoir fait un trou dans son bas !  
Mon respect à la Compagnie les Enfants de la Comédie.


Dimanche 26 Mai à Jugendkulturzentrum Pumpe


J’aurais volontiers participé au workshop familial si mon petit-fils avait été disponible. J’ai même pensé à aller kidnapper un autre enfant mais avec ce sale temps la rue était déserte. Les gosses ou leurs parents ont dû préférer la télé !
Donc je n’ai rien vu, mais entendu par l'intervenant Damien Poinsard lui-même dire que c’était une bonne expérience (je n’en doute pas) à refaire (je serai là).
Je me suis bien sûr régalée au goûter avec les gâteaux offerts mais surtout avec le petit théâtre de Pierre Filliez étonnant par sa dextérité dans son Rossignol du Roi, et avec le (encore plus petit) théâtre kamishibaï de Charlotte Poisson qui, elle, n’hésite pas avec son plus grand sourire et sa douce voix à transmettre aux enfants : pour chasser les monstres faites un grand pet ! Mathilde Roesch tout aussi charmante nous a ravis avec une aventure du Petit Nicolas de René Gosciny. J'ai raté malheureusement tous les autres conteurs de la Compagnie Rouge et Vincent Simon, j'en suis bien désolée.


Niets écrit par l’auteur flamand Nic Balthazar, réalisateur du film Ben-X, adapté et traduit par Karel Vermeyen, mis en scène par Annik Notte du Théâtre de la Nuit.

Si je cite d'une façon détaillée toute cette team, c'est parce que cette réalisation est admirable autant sur la scène éphémère du théâtre que dans sa perpétuation. Elle a atteint non seulement les familles déjà touchées par l'autisme, mais aussi les domaines médicaux et mêmes des spectateurs non avertis et maintenant prêts à s'engager. Ce dernier renseignement, je l'ai appris par la metteuse en scène Annik Notte qui joue aussi dans le film projeté sur scène, dans le rôle de la mère de Ben, très douce et très crédible (tout comme les autres acteurs d'ailleurs). Toute mon admiration va au jeune acteur Anthony Scott. Comme l'a dit mon gentil voisin (de siège) et homme de théâtre Damien Poinsard : il nous a pris par les tripes et il ne nous a pas lâchés. Je ne pourrais pas le dire mieux.   

 
Match d’ I. M. P. R. O.


C'est tout de même avec un nœud au ventre que j’ai attendu mon divertissement préféré, le final de chaque festival : le match d’impro. Sur le plateau : die Blöde Bleus et die Entchen Jaunes. Je l'ai déjà écrit, il est difficile de décrire un match d'impro. Il faut le voir en live. Et apparemment le public berlinois le sait, qui a préféré le show à la Pumpe face à Tatort à la télé. Les charmants (et charmeurs) modérateurs Denis Aubert - alias Günther - et Bertrand Duteil - alias Jean-Christophe - assistés par Cécile Hamet - alias Chanine, sexy, une merveille exotique de l'île Bimbo, nous invitent au spectacle. Et comme nous sommes dans un show télévisé, la pub ne doit pas manquer : alors apparaissent deux énergumènes pleins d’esprit, d'humour et d'un grand talent pour l'impro, les excellents Mathieu et Arnaud … Une telle pub sur mon écran et je ne quitterais plus jamais le programme. Il vous manque quelqu'un ? L'arbitre ? Oui bien sûr, elle était là : Marjorie Nadal ! Responsable de  l’atelier I.M.P.R.O., tout le monde le sait. Elle juge, elle siffle, elle tranche et aïe si le public n’est pas d’accord, une pluie (encore !) de paquets de Tempos se déverse sur elle. (On a échangé cette année les éponges contre des mouchoirs. Pour les larmes d'émoi ?). J'ai oublié quelle équipe a gagné, mais cela prouve bien que ce n’est pas l'important. C'est un jeu où chacune et chacun donne toute son énergie, sa verve, sa joie, en solo, en duo, avec son équipe ou avec ses adversaires. Chapeau ! Après l'élection de l'Impro Star, le show se termine par la poursuite filmée de la directrice du Festival (poursuivie ou poursuivante ?) cherchant son discours de clôture. Ouf, elle l'a retrouvé et elle peut remercier tout le monde.
Moi, je demande à toutes celles et ceux dont je n'ai pas mentionné le nom de bien vouloir me pardonner. Je vous dis merci et bravo.
Merci et bravo à Angèle Hermann, l'organisatrice des bénévoles et à toute son équipe. Vous avez été superbes. Un excellent travail : celui des traducteurs, de la communication, des techniciens de surtitres et co, trop souvent dans l’ombre de la scène et Enzo le nouvel « éclaireur » de cette jungle.


Ce festival a eu des regards d'émoi poignants (un peu trop pour mon goût très personnel), ce qui n’atténue en rien le travail remarquable de Cécilia Coulon, sa coordinatrice et de toute son équipe y compris toutes les nouvelles stagiaires, dynamiques et compétentes. Merci.
Ce n'est pas de la zoolâtrie (voir mon feedback du Festival 2012 au besoin), si je suis particulièrement reconnaissante aux Fauves de la Ménagerie : la team de l'Esquisse, l'atelier d'I.M.P.R.O., le workshop, les conteurs, les Masques (mais qui étaient-ils ?), d’avoir apporté autant de joie et de soleil derrière les nuages.  


Qui trouve que j'ai trop écrit sur la météo est certainement resté bien au chaud et au sec pendant ce week-end et les absents ont toujours tort. Un tuyau pour la prochaine conférence de sociologie : les phénomènes atmosphériques et le théâtre. À bon entendeur, salut !

 

Anita

 

*être énergique, résolu

 

 

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